LA PROVENCE : ils avaient piraté le profil Facebook de leur « ennemie »

C’est une affaire diablement moderne. Une loi vient de sortir pour régir l’usurpation d’identité sur les réseaux sociaux.
ARTICLE LA PROVENCE 21/04/2011 Romain CAPDEPON

L’amitié bien réelle qui avait existé entre ceux-là a tourné à la guerre, à la manipulation virtuelle. D’une allégation, s’en est suivi un acharnement Facebookien…… En août dernier, Carla est hébergée une nuit, à Istres, chez sa meilleure amie, Jennifer, et son mari, Manu. Le lendemain, la jeune Vitrollaise de 29 ans déguerpit, à peine réveillée. À sa copine qui réclame une explication, elle jurera que Manu s’est levé dans la nuit pour tenter de la caresser. Le couple se déchire, se sépare.

La soeur du présumé « fautif » hérite de son neveu pour le préserver de ces turbulences. Et la haine contre Carla monte dans le « clan des trois ». Ils pensent vengeance. Le couple, et la soeur, Julie, s’immiscent alors sur le profil Facebook de Carla. « On avait le code puisque ma femme l’avait aidée à créer son compte », jure Manu à la barre du tribunal correctionnel d’Aix. « C’est faux, ils ont essayé de multiples codes et ont fini par trouver le bon parce que c’était le prénom de son fils », peste l’avocat de Carla, Me Plantard.

Et il pilonne : « Ils ont ensuite changé le code pour avoir les pleins pouvoirs sur ce profil pendant plusieurs jours. Ils ont mis des messages et des photos pornos ignobles sur son mur. Ils ont créé des événements du genre « Soirée salope chez moi ce soir » et ont envoyé des invitations à tous ses contacts en précisant son numéro de fixe, de portable et son adresse ! » Me Reinaud, le conseil des trois prévenus, conteste : « Dans le cadre de l’enquête, on aurait pu retrouver ces ignobles photos ! Facebook a de la mémoire mais on n’a rien dans le dossier ! »

La partie civile énumère en rafale les stigmates de cette attaque virtuelle : « Ma cliente est sous anxiolytiques. À l’école de son fils, les mamans l’évitaient parce que les gosses étaient amis entre eux sur Facebook. Elle a dû déménager parce que, du coup, la sonnette et son portable ne cessaient de retentir, les gens demandant « C’est bien ici la partouze ? » Donc en gros, elle a changé le gosse d’école, elle a déménagé et elle a dû se justifier auprès de toutes les personnes qui la regardaient de travers. »

Le président Rommé s’enfonce dans son fauteuil. « Un dossier navrant », soupire-t-il. Mais un dossier diablement moderne. Parce que Facebook est une arme de diffusion massive ! Le compte a ensuite été fermé. « Pour ne plus entendre parler d’elle », explique Manu. « Pour effacer les preuves de leurs horreurs », assure la partie civile.

Le tribunal correctionnel d’Aix a finalement condamné le couple à 500 € d’amende avec sursis et 1 € symbolique de dommages et intérêts. Julie, qui avait écrit sur la toile des menaces de représailles à Carla, a écopé d’un mois de prison avec sursis et 500 € d’amende. « Là, c’est considéré comme un vol de courrier » conclut Me Plantard, « Mais depuis la loi qui est sortie à la mi-mars (l’article 226-4-1 du code pénal qui cible le fait d’usurper l’identité d’un tiers en vue de troubler sa tranquilité ou de porter atteinte à son honneur notamment sur les réseaux de communication publics en ligne, ndlr) prévoit au maximum un an de prison et 15 000 € d’amende.« 

Romain CAPDEPON