LA PROVENCE : arrondissait-il ses fins de mois à la clinique amincissante ?

Hakim a été condamné à huit mois ferme par le tribunal correctionnel pour vol et tentative de vol.

ARTICLE LA PROVENCE 19/04/2012 SÈVERINE BATTESTI-PARDINI

Hakim est un fort en gueule. Presque un tutoyeur automatique. Pas ravi de se retrouver au tribunal correctionnel d’Aix, a fortiori pour un dossier de vol et tentative de vol dans une clinique amaigrissante, à Eguilles.

D’ailleurs, Hakim va le dire au juge Fiorito. Certes, à sa façon : « Non mais c’est pas dans une clinique amaigrissante que je vais m’enrichir, j’ai pas besoin de ça ! Faire ça, c’est pas réfléchir avec son cerveau, c’est réfléchir avec sa moëlle épinière ! »On notera la formule. Hakim, selon l’accusation, serait rentré dans cette clinique à deux reprises, le 30 janvier puis le 27 février.

Le 30 janvier, une employée se fait voler dans son vestiaire, des cartes bancaires, ses papiers, de l’argent, un téléphone. Un mois plus tard, Hakim serait revenu, entrant dans plusieurs chambres. « J’ai pris 20 kilos… Je voulais m’inscrire pour perdre du poids alors j’ai ouvert des portes pour voir si avec ma femme, on serait comblés. J’aurais pas dû ». Les vols, Hakim conteste.

On le voit sur les images de vidéosurveillance ? « Et alors ? Je suis venu visiter et par impolitesse, c’est vrai, j’ai ouvert des salles de soins ! Mais le 30 janvier, faut pas déconner, j’étais chez moi ! » Son casier porte mention de 12 condamnations ? « Ouais mais pas ça ! » Certes. Hakim a été condamné pour vol, escroquerie, violences… « Ma dernière condamnation, c’est le cambriolage du laboratoire de la police scientifique, à Marseille ! » Pas pareil. Il précise aussi que c’est lui, qui était allé voir le fameux docteur Maure : « Il m’a escroqué, je suis allé le voir et je l’ai un peu… secoué ». Surtout « c’est les gendarmes d’Eguilles qui ont chargé la mule, on peut pas se voir avec mon voisin, il est gendarme, il me surveille ! »

Le juge Fiorito demande au prévenu pourquoi, dans ce cas, il a pris la fuite sur son scooter : « J’ai pas fui, je voulais déplacer mon scooter ! Mais les gendarmes ils étaient tous armés alors je suis parti. Vous savez, j’ai vu mon père se faire tuer devant moi ! » Le président : « Rassurez-moi… ce ne sont pas les gendarmes qui ont tué votre père ? »

« Pardon si je m’énerve mais faut pas exagérer ! »

Hakim continue de dénoncer le complot ourdi contre lui : « J’avais ma Mastercard, j’aurais payé ! Les gendarmes ils veulent m’avoir, je le sais ! C’est électrique entre mon voisin et moi ! Un de ces jours… » Devant les gendarmes, Hakim avait expliqué être venu chercher un ami, à la clinique. « Ce PV il a été écrit tout seul, et je l’ai pas signé ! Mais moi, j’ai rien volé, c’est un montage, tout ça ! Pardon si je m’énerve, m’sieur le juge mais faut pas exagérer ! »

En partie civile, Me Charles Reinaud relate, calmement, les faits du 30 janvier : « Ma cliente termine son service, va se changer aux vestiaires et va aux toilettes. Elle n’a pas vu qui a volé ses affaires mais depuis, a peur. » Il demande 600€ de préjudice matériel.

Pour le procureur Paporalkis, il s’agit bien, le 30 janvier et le 27 février, du même homme : « On le voit sur plusieurs vidéos, tenter d’entrer dans des chambres, c’est lui les deux fois. Aujourd’hui, il nous dit qu’il voulait s’inscrire. Sur le PV, il venait voir un ami et il a tenté de fuir ! » Relevant toutes ces contradictions, elle requiert deux ans ferme contre Hakim. Dont l’avocat, Me Jean-Jacques Campana, va tenter de redorer le blason devant le tribunal : « On ne sort pas indemne lorsqu’à 11 ans, on voit son père se faire assassiner sous ses yeux… On vous parle de vol ? Mais il n’a été trouvé en possession de rien. Comme si, dans la région, il n’y avait qu’un seul voleur et que c’était lui ! » L’avocat martèle : « Il vous donne sa vérité et tout ce que vous avez, c’est son passé ! » Appelant à la raison, il plaide la relaxe. Hakim Flitti sera condamné à huit mois de prison ferme.

 

Sèverine PARDINI

PHOTO SERGE MERCIER