LA PROVENCE : Voulait-il mettre un jeune « à l’amende » ?

Ce jour-là, Romain Alessi devait se faire poser son bracelet électronique. Une mesure de surveillance qui n’aura pas été appliquée, puisque ce même jour, le jeune homme est allé voir un mineur « pour une dispute que j’avais eue avec lui.

ARTICLE LA PROVENCE 08/02/2017 SÈVERINE BATTESTI-PARDINI

Ce jour-là, Romain Alessi devait se faire poser son bracelet électronique. Une mesure de surveillance qui n’aura pas été appliquée, puisque ce même jour, le jeune homme est allé voir un mineur « pour une dispute que j’avais eue avec lui. Il m’avait manqué de respect, j’lui ai demandé de l’argent », résume-t-il devant le tribunal correctionnel d’Aix. Il y comparaît pour tentative d’extorsion par violence, menace ou contrainte, et transport d’arme à feu de catégorie D. Il avait, en décembre à Bouc-Bel-Air, tenté d’extorquer 300 euros à un jeune, lui adressant des SMS. Il s’était aussi rendu chez ce mineur, pour le menacer avec un pistolet d’alarme.

La juge Chavarot rappelle que le père du mineur, aidé d’un employé, avait désarmé l’intrus, avant d’appeler les gendarmes.

Avant même que les parties soient invitées à s’exprimer sur les faits, c’est le profil du prévenu qui est abordé. Une expertise dévoile un trouble de personnalité antisociale, actant que l’infraction reprochée au prévenu y est liée. On apprend aussi que le prévenu aurait, par le passé, lancé deux cocktails molotov sur une maison.

Dans ce contexte et en partie civile, Me Charles Reinaud, étoffe les faits : « On reprochait au jeune de 17 ans d’avoir volé 30  dans le sac d’une fille, lors d’une soirée. Il sera passé à tabac la semaine d’après et on va lui expliquer qu’il doit payer comme une ‘amende’ de 300 euros. Ce jeune homme reçoit des SMS toute la semaine. Il faut dire aussi que le prévenu avait travaillé dans la société des victimes… » Il réclame des dommages et intérêts, d’autant que « le père et le fils avaient de bonnes raisons de redouter ces menaces ».

« Les jeunes se mettent à l’amende entre eux »

Le procureur Olivier Redon enfonce le clou : « Quand on voit ce petit sourire du prévenu, on se dit qu’il est content de lui. Il faut qu’il comprenne qu’il ne peut pas être le vainqueur à chaque fois, il est responsable de ses actes. » Il requiert dix-huit mois d’emprisonnement dont six avec sursis et mise à l’épreuve (interdiction de contact) et maintien en détention.

Ce sourire, rebondit Me Olivier Quesneau, « c’est un mécanisme de défense névrotique. Il n’a pas les mêmes codes que nous ».

L’avocat de la défense poursuit sa plaidoirie en évoquant un mode de fonctionnement qui existerait parmi de jeunes habitants de Bouc-Bel-Air : « Tout ce petit monde se livre à l’extorsion. Les jeunes se mettent à l’amende entre eux. Romain Alessi est l’arbre qui cache la forêt. Nos lois ne sont pas les leurs, les jeunes ne prennent pas les transports en commun », décrit Me Quesneau, avant de revenir sur la personnalité du garçon debout dans le box : caractère antisocial, une faille psychologique à traiter… Le tribunal va condamner le prévenu à dix-huit mois, dont six avec sursis et mise à l’épreuve, et le maintenir en détention.

Séverine Pardini

 

Source : http://www.laprovence.com/article/faits-divers-justice/4313407/voulait-il-mettre-un-jeune-a-lamende.html8