LA PROVENCE : Aix, il braque un tabac le matin et va au tribunal l’après-midi

Un homme de 26 ans a comparu hier devant le tribunal d’Aix pour un vol à main armée commis jeudi. Sa victime est venue témoigner à la barre…

ARTICLE LA PROVENCE Mardi 30/01/2018 Sèverine Battesti-Pardini
PHOTO SERGE MERCIER

Trois mois, cela faisait trois mois qu’ils avaient racheté ce tabac. Un père, qui est dans le métier depuis 15 ans, et son fils d’une vingtaine d’années, qui voulaient reprendre et gérer cette affaire ensemble. Et qui sont tous deux très affectés, ne manquera pas de préciser Me Charles Reinaud en partie civile, par les faits survenus jeudi peu avant 11h, dans leur établissement implanté à Rognac. C’était le fils qui se trouvait derrière la caisse, quand Abdelkarim Bachir est entré, brandissant une arme de poing, une réplique neutralisée d’un Colt de 1860.

« Il bougeait son arme dans tous les sens »

La juge Marion Chavarot rappelle qu’il aurait attendu que le gérant fût seul dans le tabac, pour surgir et réclamer la caisse. « Déposé en voiture sur les lieux, vous rentrez voler 1 000. Mais vous serez rapidement reconnu… d’autant qu’il y a la vidéosurveillance du commerce ». Des faits que le prévenu reconnaît, avant de présenter ses excuses, de répéter ses regrets en présence de la victime qui, pour sa part, relate que le voleur était « énervé, il bougeait beaucoup, et bougeait son arme dans tous les sens. Il a dit ‘Je m’en bats les couilles’ puis a ordonné de lui donner la caisse ». Le malfaiteur a-t-il a proféré des menaces ? « Non, mais l’arme a suffi… » Le procureur Patrick Gosselin prend le relais : « Avez-vous eu peur ? » Dans un soupir, la victime admet que « oui… enfin un peu. Maintenant je regarde les mains des gens qui entrent dans le tabac ». Me Reinaud précise qu’il s’agit là d’un vrai stress post-traumatique, et que le père, s’il était absent lors du vol, est pétri de culpabilité d’avoir convié son garçon dans cette aventure commerciale.

Le tribunal écoute attentivement ce témoignage, avant de rechercher le mobile de ce braquage correctionnalisé.« Je devais des sous à une personne, mais c’est une autre histoire ». Et puis une personne, une autre, lui aurait « dit de faire ce braquage, sinon elle s’en prenait à ma famille. C’est une autre histoire », là aussi. On n’en saura pas davantage.

Faits divers - Justice - Aix : il braque un tabac le matin et va au tribunal l'après-midi

À la barre du tribunal trois heures après

Ce que le tribunal relève, en revanche, c’est qu’Abdelkarim Bachir, après avoir braqué le tabac en quelques minutes, a été déposé en voiture par un ami au tribunal correctionnel d’Aix, convoqué pour des vols commis en juillet. Qu’a-t-il fait de l’argent dérobé au tabac ? « J’l’ai dépensé », lâche le prévenu.

« Mais c’est un monde merveilleux… », ironise le procureur : « Il braque le matin, et file au tribunal l’après-midi pour d’autres vols ! », avant de requérir trois ans de prison. « Pour moi, estime au contraire Me Sarah Games, se présenter de lui-même au tribunal l’après-midi, c’est un signe de repentance » avant de démontrer que son client est « le plus mauvais voleur de tous les temps : il vient le visage découvert et s’en va à pied ! La victime décrit sa nervosité, car lui aussi, il devait être mort de peur ». Le tribunal suivra les réquisitions du parquet : trois ans ferme avec maintien en détention et interdiction de port d’arme. Il devra indemniser les victimes.

Sèverine Battesti-Pardini